PETIT THÉÂTRE DE LA LACHETÉ

PETIT THÉÂTRE DE LA LACHETÉ
ESSAI DE PIECE EN TROIS ACTES

Personnages :


MUTINU
Morero ( amant d'Iphidia )
Duclos ( ami de Morero )
Mercussian ( ami de Morero )

CAPITUL
Iphidia ( amante de Morero )
Morras ( membre du clan Capitul )
Ferdine ( membre du clan Capitul )

La scène est séparée en deux parties. La première partie est délimitée par un rectangle au centre de la scène. Elle est séparée de la seconde partie, qui semble l'entourer, par deux murs sur sa gauche et sa droite. Le fond dans la première partie est de couleur verte, d'un vert assez foncé, déterminé et sans concession. Le décor dans la deuxième partie est marron, ou plutôt brun, une couleur fugitive, comme trop présente mais pourtant dissimulée par sa banalité. Il y a plus d'espace à gauche de la première partie qu'à droite, et il s'y trouve une table. Il y a une porte entre les deux parties, sur le mur de gauche. Cette disposition donne l'impression que la première partie est plus solidement implantée que la seconde, mais que cette dernière, clandestine, encercle la première, est partout et nulle part, prête à agir et à enserrer l'ennemi de son étreinte.

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A l'ouverture du rideau 2, le rideau 1 reste baissé, et un personnage s'avance. Il est neutre. Tout au long de sa présentation, il pourra ambuler de part et d'autre de la scène.

L'ORATEUR
L'histoire dont vous allez être témoins ce soir est pure fiction. Ne croyez pas un traître mot de ce qui vous sera présenté. Après tout, vous connaissez les dramaturges. On a beau leur dire que le public est sensible, qu'il faut le ménager, que de telles atrocités doivent parfois être passées sous silence, que les actes de bravoure les plus glorieux ne doivent souvent pas être exacerbés, sous peine de voir tout un public se jeter dès la sortie du spectacle au bras d'une vieille dame innocente et parfaitement capable pour lui faire traverser la rue, non, ils n'en font qu'à leur tête...
Ce récit est inhabituel, en ce sens qu'il ne s'inspire d'aucun autre. Nul n'a été plagié, raillé, exalté, ni même oublié dans ce portrait.
N'attendez cependant pas de ces tableaux un semblant d'intrigue prenante et délicieusement construite : tout est prétexte à laisser rayonner le jeu des comédiens. Tout Art est prétexte à l'expression de l'homme, à son évasion dans un autre monde ou ici, un autre être. Sachez goûter le spectacle réjouissant de la transcendance de l'existence, mais ne vous abaissez pas à chercher plus bas que terre un épisode construit. Contentez-vous de vous rappeler, vous connaissez déjà la fiction et la réalité.
Tout semble se passer en un temps indéfinissable, dans les ruelles de Paris. Paris apeurée, Paris embarrassée, mais surtout Paris déchirée, car livrée aux mains de deux familles, deux clans qui se livrent depuis des temps immémoriaux une vaine lutte, qu'ils alimentent de haine et de mépris. Ces deux familles sont les Capitul ( les trois comédiens s'avancent sur scène, à droite de l'orateur ) et les Mutinu ( même jeu, mais à gauche cette fois-ci ). Les Capitul détiennent cependant le pouvoir sur toute la région, avec l'appui des autorités. Ce soir va vous être présenté, pour la première fois, l'amour passionné car impossible entre deux jeunes gens, membres de clans différents.

La scène s'assombrit peu à peu, pendant que les personnages s'en vont, un par un, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Morero et Iphidia.


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# Posté le dimanche 15 avril 2007 03:41

Modifié le dimanche 09 décembre 2007 15:50

ACTE I ACTE DE LA RÉVÉLATION

Scène Première ( Morero, Iphidia )
Seul le rideau 2 est levé. La scène plonge peu à peu dans l'obscurité, suggérant le soir tombant.

IPHIDIA
Mon doux Morero, je ne peux plus endurer
La fuite qui toujours te dérobe à ma vue !

MORERO
La plus dense pénombre ne saurait voiler
L'élan secret d'une passion contenue.

IPHIDIA
Et enfin je retrouve, en plongeant dans tes bras
Ce doux calme qui m'enchante et nous détruira.
Ma source intarissable, je ne puise qu'en toi
La quiétude qui sait chasser mon désarroi !

MORERO
Iphidia, ma douce et si lointaine muse,
Attendue, désirée, chérie et regrettée
Si sous le cours d'eau la fidèle pierre s'use
Loin de toi, mon amour ne sait se dégrader.

IPHIDIA
Encore tournée vers un astre fulminant,
Je rayonnais d'ombre et me laissais dévêtir
Ma longue robe d'ennui, mon sec corset d'ans
Et noyais dans les larmes tout fantôme de rire.
Mon héros, mon aimé, mon ennemi pourtant,
Car nous pouvons vivre cette brève passion
Oubliant nos noms, et crachant sur notre sang
Mais nous souffrirons bientôt notre punition.

MORERO
Mais voilà que le ciel commence à se feutrer,
Et les étoiles lasses de s'entrelacer,
Viendront jeter à terre leur masque de beauté.
Oh ! Présence envoûtante, et splendeur éthérée !
Je ne sais détourner de leur obscur dessein
Ceux qui me tueraient de voir presser cette main.
Et leurs pas furieux guidés par la folie
D'un long ressentiment, d'une funèbre danse
Ne sauraient obscurcir la dévorante envie
Qui charme mon esprit et sait troubler mes sens.
Fuyons ces lieux et les regards qui s'y oublient
Abandonnons la nuit à ses lamentations
Et retrouvons à l'aube de notre affection
Nos fraîches chairs de rosée assoiffée de vie.

Scène 2 ( Morero, Duclos, Mercussian, Iphidia, Morras, Ferdine )

Les deux rideaux sont levés. La lumière est doucement éclatante.
Tout au long de cette scène, les membres du clan Capitul vont rester dans la partie A de la scène. Lorsque le rideau se lève, Morero n'est pas encore là.
Les Capitul commencent à parler à Iphidia. Morero arrive par la partie B à droite du décor, contourne la partie A par derrière, et se rend vers la table à gauche, où l'attendent Duclos et Mercussian.


FERDINE ( à Iphidia )
Quelle folie t'a encore conduite dans les bras de l'ennemi? Comment peux-tu accepter de voir ton corps caressé de ses mains assassines? Ces mains souillées de ton propre sang, du sang de tes frères !

MERCUSSIAN ( à Morero )
Te voilà de retour, mon frère, mon ami, et pourtant si méprisable traître...
Morero, cette flamme vacillante et insensée t'aveugle et te ronge. Comment ton être ne se nécrose-t-il pas, au contact des lèvres haïes d'une famille de meurtriers? Son apparente innocence n'est qu'un jeu et cet infâme crime te mènera à ta mort.

IPHIDIA ( à Ferdine )
Le sang d'un frère qui me tuerait pour que je lui livre un seul des Mutinu m'importe peu.
Je reconnais en Morero la bravoure d'un homme qui ne craint pas l'enfer pour moi. Aucun d'entre vous ne m'estime. Et il en va de même pour toutes les femmes. Vous ne les aimeriez que si elles pouvaient porter un fusil, et vous les haïssez parce qu'elles ont le pouvoir de faire taire les balles.

MORERO ( à Mercussian )
Si abject que soit ce crime, il n'est que le reflet d'une volonté qui nous dépasse tous, de voir enfin unis les deux clans. Les morts au nom d'une lutte stérile, d'une querelle ancestrale et déraisonnée, ont déjà cessé de se saluer à leur passage dans l'au-delà. Ils ne reconnaissent plus la mort de la vie, tant leur nombre d'accroît de seconde en seconde.
Et face à cet amas de cadavres se dresse l'amour. Victorieuse des leçons assénées depuis des années, par le glaive ou la plume, la femme a eu raison de toutes les rancunes.

MORRAS ( à Iphidia )
Nous ne craignons pas le vain jeu de séduction d'une femme, ni le manège de terreur et de provocation des Capitul. Nous avons le peuple, les autorités derrière nous. Ceux qui s'opposent à nous doivent se cacher, parce qu'ils savent qu'ils s'opposent au peuple de France !

DUCLOS ( à Morero )
La faute n'est pas à rejeter sur l'un des nôtres mais bien sur l'ennemi. Si notre sang bouillonne de te voir perdu dans le gouffre amer de tes sentiments, nous devons chasser d'un revers de main ce dégoût suintant, et concentrer notre répulsion sur les Capitul, le peuple à nos côtés.

IPHIDIA ( à Morras )
Le peuple a beau agiter sous vos fenêtres ses étendards de mécontentement, vous vous obstinez à tacher de sang leurs drapeaux blancs.

MORERO ( à Duclos )
Je m'emplis de joie en constatant que la raison tempère toujours tes excès, mon ami, mon camarade Duclos ! Seulement, je vois se dessiner sous les cieux l'ombre d'un terrible orage, je sens que se profile un combat acharné et sanglant qui mènera les peuples à leur perte, qui arrachera des larmes aux générations impatientes qui attendent notre déclin, mais qui leur donnera la vie sur un sol délivré de ses tourments. La triste douleur d'un affrontement s'égare près de mon oreille...

FERDINE ( à Iphidia )
Les Mutinu, c½ur de notre mépris, ont beau laisser battre leur mesquinerie, ils ne sont pas autant à blâmer que celle qui crache sur son clan, qui renie son glorieux nom !
Je sens frémir en moi le murmure d'un malheur, qui plane sur toi, et s'abattra en une noire pluie de colère si tu ne nous livre pas ce pantin tant aimé. Nous briserons les chaînes de votre amour, et une fois débarrassé de son odieuse présence, nous pourrons laisser souffler sur une terre rendue pure par nos efforts guerriers, le doux vent de la victoire. La claire lueur de l'affrontement résonne à mes oreilles...

La scène est peu à peu plongée dans l'obscurité. On voit les Mutinu qui s'éloignent, vers la gauche, en un rang serré dans l'effort, et les Capitul, qui poussent violemment Iphidia vers le fond du décor. Le rideau se baisse avant que le spectateur n'ait pu les voir sortir.


FIN DE L'ACTE 1

# Posté le dimanche 15 avril 2007 03:46

Modifié le dimanche 15 avril 2007 04:06

ACTE II ACTE DU SANG

Scène première ( Ferdine, Duclos )

Seul le rideau 2 est levé. La scène semble se dérouler en pleine rue. Des passants imaginaires pourront passer et bousculer les personnages, être suivis du regard...

FERDINE
Duclos ! Journaliste perdu dans la plus hideuse des résistances !

DUCLOS
Ferdine ! Écrivaillon vendu à la plus noire des causes !

FERDINE
Chaque jour tu barbouilles d'encre une noire page de cahier d'écolier, perdu dans les brumes de ta campagne, tu abandonnes ton crasseux ermitage pour venir salir de tes mots la blancheur citadine.

DUCLOS
Chaque jour, tu gémis aux pieds de l'autorité, tu baves tes mots, et tu en abreuves le peuple jusqu'à ce qu'il en vomisse, tu distribue les portraits de ton horrifiante vie, tu écris une symphonie de lettres, qui n'est autre que l'odieux chant du Diable.

FERDINE
Aveuglé par ton triste voyage au bout des rêves humains, tu pousses les mains innocentes à s'armer contre nous. Mais ta noire entreprise de séduction et d'envoûtement des masses populaires touche à sa fin. Tu te débats déjà dans les liens que tu as tissés toi-même, à force de complots et d'attentats. Bientôt, tu seras réduit en cendres, étouffé dans le maigre linceul de ta pauvre rébellion désespérée.

DUCLOS
Le voile obscur de la victoire assurée masque le terne reflet de tes illusions : ta défaite.
C'est tout un peuple que tu crois acquis à la noblesse de ta cause, qui marche derrière nous, prêt à piétiner de son pas laborieux tes infâmes étendards.
Je t'ai entendu maintes fois crier : « Le peuple guide notre action, notre action sera donc française! ». Des chimères par centaines dansent autour du feu bouillonnant de ta haine. Mais sous peu, tout s'évanouira, avec toi. Tu es prévenu, Ferdine.

Les deux sortent, du côté par lequel ils sont arrivés. Le rideau 1 se baisse, puis les deux rideaux se lèvent.


Scène 2 ( Iphidia, Morras, un messager du clan Capitul )

LE MESSAGER ( entre en courant dans la pièce, et crie )
Ils l'ont eu ! Ils l'ont abattu, ce matin même !

MORRAS
Quel est la cause de cet élan soudain? Quelle terrible exaction justifie une telle violence de mots? Qui est donc le mort dont tu clames avec ardeur la disparition prématurée?

LE MESSAGER
C'est Ferdine... Il s'est levé ce matin, s'est extirpé de ses lourds draps, et a commencé l'accomplissement de son devoir de citoyen par un habillage soigné. Attendu par une pressante affaire aux environs de Vichy, il a consulté sa montre d'or, pendant fièrement à son veston. 8 heures 54. Il a le temps. Il a préparé avec précaution son nécessaire bagage pour rejoindre cet autre monde éloigné. Carte, billets, journal, tout y est. Il s'est alors rendu sur le quai de la gare impatiente, où l'attendait déjà le train de ses départs. Il a souplement escaladé la haute marche afin d'imprégner cette grande machine de fumée et de fer de son odieuse présence charnelle. Il a fermé sur lui la porte de son destin et s'est dirigé vers le compartiment 8. Il reste une place, quelle chance. Autour de lui, les regards se voulaient détachés, abandonnés, comme voltigeant dans l'azur étouffant du charbon que l'on brûle. Une fois arrivé à Chavigny, sur la route de Vichy, tous les membres agacés ont virevolté dans son confortable cercueil, et se sont dirigés avec absence vers la sortie. Il s'est retrouvé seul. Quelle aubaine, pouvoir fumer une cigarette dans un train sans incommoder personne ! Il a placé dans sa bouche naïve la douce cigarette du condamné, et soudain, sans rien comprendre, sans n'avoir rien vu venir, il se voit éparpillé, barbouillé sur les murs, déchiré d'éclairs qui jaillissent du sol piégé de cet ultime voyage. Il s'étire, s'étale, se glisse et coule misérablement, chaque membre gémit dans sa douleur solitaire, et s'écrase sur un mur, au choix, victime de la barbarie de l'homme. Il a suffi d'une discrète bombe, habilement placée dans la ronde d'un essieu par les pires traîtres à la patrie de nos temps douloureux, les Mutinu, pour que Ferdine quitte ce monde qui ne méritait pas sa grandeur lettrée.

MORRAS
Ta peinture romancée de cet acte criminel n'apaisera pas le tumulte de mon sang. J'exulte de rage face à tant d'infamie, de traîtrise, et d'atrocité. A quoi bon chercher autour de nous l'horreur de l'existence, et celle des êtres? L'horreur est en nous, et je sens sa venimeuse morsure s'appesantir sur mes veines, je sens son venin immonde percer et glisser dans mon esprit. Ce crime atroce ne restera pas impuni, je le jure sur le sang des Capitul qui n'a que trop été versé. Lavons l'horreur par l'horreur, et tarissons notre chagrin par l'humiliation des bourreaux, les Mutinu.

IPHIDIA
Peut-être la noirceur de leur acte n'a-t-elle d'égale que la pureté qui a touché le plus jeune d'entre eux, innocence immaculé, devant lequel la Sainte Vierge elle-même rougirait de ses péchés?

MORRAS
Non, Iphidia, cette fois-ci, il ne s'agit plus d'un être, mais d'une bête. La bêtise et l'aveuglement peuvent être excusés lorsqu'ils ne font pas couler de sang. Nous devons attaquer le mal là où il est concentré sans honte : dans le c½ur des assassins.
Rien ne m'arrêtera dans ma noble entreprise de vengeance.


Scène 3 ( Morero, Mercussian, un messager du clan Mutinu )

La lumière s'est éteinte, puis rallumée, pour suggérer que quelques heures passent...
Les Capitul sont dans leur partie de la scène, ils paraissent enragés et semblent jouir de leur malveillance. Tout au long de la scène, ils pourront être moins éclairés que les autres, et articuler quelques mots entre leurs lèvres muettes... Morero et Mercussian sont autour de la table en train de discuter et de rire, lorsque arrive le messager.

LE MESSAGER ( entre en courant dans la pièce, et crie )
Ils l'ont eu ! Ils l'ont emmené, ce matin même !

MERCUSSIAN
Calme ta fureur et modère ton empressement, avant de nous livrer ton message. Qui donc a été emmené, lequel des nôtres a une fois de plus été victime de leur vaines attaques?

LE MESSAGER
C'est Duclos... Il a ce matin ouvert ses yeux innocents sur la violence du monde. Caché dans les hauteurs qui contemplent la ville, il a réussi à franchir avec habilité tous les barrages policiers qui recherchaient la moindre figure semblable à la sienne. Il a contourné, enjambé, traversé les groupes armés les plus épais. Il s'est envolé, volatilisé, s'est inventé fantasme et chimère pour tromper la surveillance des soldats détestés. Enfin parvenu aux portes du métro, il sent l'escalier se dérober, se dévaler de lui-même sous ses jambes, mais arrivé au c½ur de cette bouche accusatrice, il se trouve encerclé par quatre hommes, vêtus de vert, vert d'espoir, vert de détermination, et vert de revanche. Le froid canon d'une arme plaqué sur sa nuque ruisselante guide ses pas vers une voiture sans fin où il prend place entre deux des géants du clan Capitul. Il est emmené dieu sait où, torturé derrière le chaud ronflement du moteur du véhicule, cheval du diable crachant ses flammes de gaz brûlant et hypnotique.
A l'heure qu'il est, il doit agoniser, amputé d'un membre ou deux, sur une chaise dans le noir d'un atelier de torture minutieuse et sans but, puisque rien n'est à révéler. L'homme parfois, prend plaisir à faire souffrir son prochain. Il n'est pas égoïste, il veut faire partager la peine qu'on lui a causée...

MERCUSSIAN
Arrête sur l'heure cette peinture affligeante de leur sadisme immonde ! De tels individus ne méritent pas de respirer le même air que celui qui fut le courant de lettres, le c½ur de la révolte littéraire, le souffle de la résistance inspirée au monde. Celui qui a ouvert les paupières du peuple devait mourir aveuglé par les perfides lames de l'ennemi. Mais cette souffrance n'est rien. Elle n'existe pas. Un homme qui a fait don de ses yeux au peuple pour qu'il connaisse la vérité ne peut pas être éborgné, un homme qui a fait don de ses mains au peuple pour qu'il lutte ne peut pas être démembré, un homme qui a fait don de son c½ur à la liberté ne peut pas souffrir d'expirer pour une réalité qu'il n'a jamais abandonnée. Ce lâche crime ne restera cependant pas impuni. La terre est privée de son plus fidèle défenseur, elle sera bientôt débarrassée de ses plus immondes cloportes, qui se sont vendus au pouvoir pour l'obtenir. Mais comme tout ce qui a été arrosé d'argent, ce pouvoir pourrait bien glisser de leurs mains inattentives... Mon indignation et ma haine nourrissent un désir de vengeance qui ne sera étanché qu'à sa maturité, lorsqu'ils auront disparu.

# Posté le dimanche 15 avril 2007 03:49

Modifié le dimanche 15 avril 2007 04:07

ACTE III ACTE DE LA VICTOIRE

Scène première ( Morero, Iphidia )

Seul le rideau 2 est levé.

MORERO
Comme j'ai honte de me présenter ainsi,
De tromper ma douleur et vaincre mon ennui,
Alors que derrière ces murs de ciment
Nos deux clans insensés se déchirent atrocement.
Les uns se terrant au plus profond de leur c½ur
Les autres les traquant avec acharnement.
Et le peuple récuse ces affrontements
Qui ne savent enfanter qu'oppression et terreur.

IPHIDIA

J'écartai ce matin d'une main hasardeuse
Les brumes du sommeil, amères et ennuyeuses,
Et je saisis au vol la volute d'un mot.
Odieux, parjure, sournois, quel infernal écho
Vint se pendre et mourir aux bords glissants de l'âme
D'une innocente, confuse, et simple jeune femme !
De tous, vous êtes le plus recherché, mon aimé.
Ils comptent doublement sur ma prolixité
Pour leur indiquer le lieu où vous vous terrez
Et sont pour cela tout prêts à me violenter.

MORERO
Ils n'en feront rien.

IPHIDIA
Rien? Et si...

MORERO
Je le promets.
Sur les nuits lisses où on l'on apprend à exister
Sur les jours qu'une passion vient éclairer
Sur les contes pour enfants à jamais défaits
Sur l'amour qui nous lie à jamais sur la terre,
Je ne laisserai pas leur folie meurtrière
Détruire de leur bêtise et leur rage guerrières
La passion d'aujourd'hui, l'innocence d'hier.
Tous les maux de la terre ne sont rien à côté
Du piédestal de nacre qui glisse sous nos pieds
Élevé par la constance, à force d'aimer
Et duquel nous voyons nos frères se lacérer.
Retourne en ta demeure, et ne crains pas les coups
La démence d'un frère, d'un chien devenu fou.

Scène 2 ( Iphidia, Morras, le messager des Capitul )

Les deux rideaux sont levés.

MORRAS
Enfin te voilà de retour ! Ton corps est encore tout empuanti de sa chaude senteur de Mutinu, et tu oses te présenter devant les tiens alors que tu embaumes la traîtrise et la félonie ?

IPHIDIA
Tout comme toi, il est une créature de Dieu, il a autant sa place parmi les hommes que toi. En quoi un nom change-t-il un homme? Il ne serait pas autre s'il était Capitul, tu ne le haïrais pas, il ne porterait pas la croix de défauts que tu lui affliges, s'il était Capitul. Pour être Mutinu, il n'en est pas moins homme, ton semblable, ton frère, et celui que j'aime ! Si tu ne respectes pas sa nature, respecte ce qui me lie à lui !

MORRAS
Morero, en répandant le sang de l'homme, de son semblable, comme tu le dis, s'est exclu de notre monde pour plonger dans la bestialité. Il a bu à grandes gorgées dans la coupe de la démence. Il n'est plus notre semblable.

IPHIDIA
Mais n'as-tu pas toi-même versé le sang de ton semblable? Ta main n'est-elle pas coupable d'avoir extirpé du corps de Duclos les pleurs et la vie?

MORRAS
Mon bras était guidé par la vengeance, et non la folie. Le sang qui coule pour en laver un autre glisse sur les âmes sans les entacher. Je n'ai fait que punir celui qui a commis le crime originel. La justice rayonne en moi, et ma toute-puissance s'étend à l'infini. Je suis juste et bon, et nullement perverti par l'accomplissement de ma volonté.
Mais toi, tu t'es égarée dans les bras de l'ennemi, tu portes la marque de son aliénation. En plongeant en lui, tu as cessé d'être une Capitul. C'est donc sans frémir que ma colère toute entière s'abattra sur toi, qui nous as trahis.
Tu vas me dire où se trouve Morero, car en trouvant le c½ur de la lutte, on en détruit les membres. Et si je n'obtiens pas de toi une réponse satisfaisante, je saurai délier ton esprit embrumé par sa maléfique présence. J'agis par le fouet, et pense par le coeur.

IPHIDIA
Tu le dis toi-même, ton esprit est perdu, réduit en cendres par des années de haine acharnée.

MORRAS
Messager, enferme-la dans sa chambre, qu'elle ne puisse en sortir. Je viendrai bientôt la chercher.

IPHIDIA
Par ton ardeur, tu as quitté ta condition. Tu n'es plus homme, tu n'es rien. Tu n'existes plus. Ce plein, ce partout, ce tout que tu ressens n'est que le reflet de ton absence: tu ne sais plus ce que tu fais ni ce que tu es. Je te quitte, adieu pauvre inconnu.

Scène 3 ( Iphidia )

Seul le rideau 2 est levé. Iphidia a fui de chez elle et est seule dans une église.

IPHIDIA
Il ne sera pas dit que l'infamie aura pénétré le secret de l'homme. Il ne sera pas dit que la démence est mère de folie parmi ses rangs, que la chute ne s'évite pas lorsque l'on marche droit. Il ne sera pas dit que l'on ne peut pas saluer la mort qui s'étend devant soi, la future ébouriffée. On a perdu le lieu de la raison de l'homme. On a dissimulé derrière des pans de nuit la plus claire intelligence. On a basculé vers le pouvoir illusoire, on a piétiné son être pour satisfaire ses plus antiques penchants.
Je me sens tressaillir, défaillir, bifaillir, tréfaillir, m'ôter tout sens et tout battement. Je ne me sens plus rythmée par les jours et leurs rideaux de feu qui s'abattaient sur mon esprit dès les plus tristes aurores. Je ne sens plus que la tiède morsure du sang qui s'agite, au plus profond de mes veines. Je me sens absente, d'une absence dissimulée, hâtive, dilatée, impatiente.
Morero, je te vois souriant, tout lointain que tu es, je te vois délivré du mal dévorant qui t'obscurcit depuis la verdoyante illusion d'amour.
Mais ma perte ne sera-t-elle pas la sienne également? Mon salut n'est-il pas le sien, mon suicide n'est-il pas un crime? Je me ruine et me vestige, me construis en éclat de nuit. Après tout, ne vaut-il pas mieux mourir drapé de lumière, notre corps tout entier criant le nom de l'idolâtré, que de sentir les ténèbres s'offusquer de notre égoïsme?
Où trouverais-je le c½ur de le mettre à mort pour son salut? Comment me convaincre de la justesse de ma cause, puisque je suis déjà anéantie?
Je n'ai nul besoin de moi pour continuer. Je suis la machine humaine rayonnant de sa vie, rassasiée de sa chair, rassurée de voir ses pleurs couler sans seulement le penser.
Déjà, je prévois l'instant où le Diable, le dramaturge de ma pauvre vie, portera à mes lèvres inconscientes et bleuies par le sort de sa plume, par le froid de ses désirs, par l'âme de ses pensées, cette coupe, ce glorieux poison, qui comme d'habitude, coupera les murmures et les cris de ses créatures de papier. Toi qui traces grossièrement mon présent, retiens je t'en prie, ce bras qui déjà se dirige vers sa mort. Retiens de ta main de cristal celle qui va se refermer machinalement sur le plus noir des oublis. Fais ciller ces yeux qui fixent le néant, romps ce membre qui porte à mes lèvres sa propre fin.

Elle fixe toujours le vide de la vérité, et boit le contenu de la coupe d'une seule traite.

Au matin bourgeonnant, chacun a le droit, et également, de se déclarer inapte à être touché, couché, disséqué. Pour ne pas être heurtée, moi, Iphidia, j'oppose l'abandon à la logique des mots, ronde des formes et des couleurs, et j'applique cette loi pour me délivrer du jeunement de l'homme. Mais vertiges que tout cela ! Vertiges, que dis-je? EUPHORIE ! Et mensonge, mensonge radieux. Efface ton sourire, pauvre fou, me voici, livrée aux tristes affres du pardon que tu as dessiné pour moi. Et enfin de ma gorge en feu jaillit le mot terrible, se vomit l'immonde parole par laquelle j'étais immanquablement liée à ma vie et mon écrivain à sa chute : destinée. Fais moi vivre, laisse-moi exister, fais moi belle et pure, une dernière fois, n'écris pas que le dernier souffle va s'appesantir en moi quelques instants, cache ma chute, laisse-moi vivante dans un coin sans rien en dire à personne, non, tu ne veux pas? Alors regarde moi et écris !

Elle tend sa main vers la liberté et s'effondre sur la pierre morte de l'église.

Scène 4 ( Morero, le messager )

Les deux rideaux sont levés. Morero est assis seul à la table des Mutinu. Il boit pour oublier qu'il est.

LE MESSAGER
Morero, Morero mon ami, tu me vois ici l'homme le plus malheureux du monde. Mais je doute fort de conserver ce statut bien longtemps.

MORERO
Parle donc, quel nouveau malheur s'est abattu sur nous, lequel des nôtres a cette fois-ci trouvé sa place au cimetière de la liberté?

LE MESSAGER
Je suis le plus malheureux des hommes, car j'ai à te livrer une nouvelle qui causera ta perte : Iphidia est morte. Elle a été retrouvée ce matin, son bras tendu vers le sol, et l'autre main sur son c½ur, crispée sur une fiole de poison qu'elle avait versé dans une coupe à son côté.

Morero se lève, se rend sur le devant de la scène, et le rideau 1 tombe soudainement, le laissant seul sur scène.

MORERO
Miroir de mes pleurs, dis-moi quel sombre visage je dois fixer sur ma figure sans expression. Dois-je céder au démon de la haine, et fuir, aller faire crouler sous mes pas l'horreur pavée de lâcheté de ces traîtres? Dois-je m'enfermer dans le mutisme le plus complet, vivre ma vie comme un soir, et m'éteindre, en n'ayant pas comblé de mes larmes l'abîme béant de mon amour perdu? Me faire ombre et disparaître ne serait-il pas une manière d'accepter mon sort et de devenir aussi lâche que ceux qui m'ont plongé dans ces tourments jusqu'à m'y noyer?
Ma décision est prise. Je vais de ce pas revêtir l'habit de l'attentat, la robe de la justice agressive. C'est au nom de l'amour que je vais me crucifier moi-même, pour que le bonheur des hommes remplace dans mon c½ur la place qu'y occupait Iphidia. Et dans un tonnerre cuivré de batailles salvatrices, les voix se répondent déjà, s'oublient et se reconnaissent enfin, unies en un unique cri de soutien devant l'ennemi.
Je me vois déjà Gavroche irradiant, les cheveux au vent, guidant un peuple d'enfants sanguinaires, vers la victoire qui leur rendra leur raison. Je veux délivrer les consciences qui ont par leur absence, abattu d'horreur celle que j'aimais. Je me vois courir entre les balles, frôler le meurtre et lui rire au nez de la hauteur de mes années. Mais me voilà déjà plongé au milieu du peuple le plus anonyme, du peuple le plus oublié. Ici on vend son âme pour une bouchée de pain, là on crie son nom pour se faire exister, partout, on joue le jeu du mensonge et de la honte pour voir s'étendre le soir, une fois de plus, sur les terres lointaines de la liberté, alors que l'on se couche dans nos draps envahis, nos corps délogés, nos esprits occupés. ( A une foule imaginaire )
Peuple de Paris, prenons les armes contre l'oppresseur qui depuis trop d'années nous opprime, nous humilie et nous décime ! Arrachons dans le fracas d'une symphonie de mort, la liberté à laquelle nous avons droit, laissons-nous pénétrer de la noble justice d'un opéra de vengeance où nous n'aurions qu'en écho de nous-mêmes notre propre bonheur ! Suivez-moi, construisez les plus infranchissables des barricades, garnissez-vous du plus brûlant espoir, gavez vos canons des balles les plus assoiffées de revanche ! La liberté est au bout des canons du peuple !

Scène finale ( Mercussian, Morras )

Les deux rideaux sont levés.

Morero sort de scène par la gauche, armé de sa détermination. Entre la fin de cette scène, et le début de la suivante, on pourra assister à un spectacle de sons et de lumières. Une première salve symbolisera l'attaque de Morero, et la disparition de celui-ci, mort héros pour son esprit et son c½ur. Peu après, un tonnerre de victoire pourra s'abattre sur les coulisses, et illuminer la scène plongée dans le noir. Après cette courte interruption, les lumières se rallument sur le décor, cette fois-ci de couleur unie ( le marron-brun des Mutinu, le vert des Capitul a disparu ). Les murs qui séparaient les deux mondes sont tombés. Mercussian se trouve sur une sorte d'estrade, dans ce qui peut ressembler à un tribunal. Il est vêtu de la robe rouge des magistrats. Face à lui se tient Morras, debout les yeux rasant le sol de leur lourd regard. Mercussian parle, le procès a lieu, mais aucun son ne sort de sa bouche. Ils sont plongés dans une ombre douce et discrète.

L'ORATEUR
Morero a pris les armes. Il a exhorté le peuple de Paris à se révolter. Sous les pas de la multitude se sont effondrées les années de domination des Capitul.
Hier s'est achevé leur règne maléfique sur la région de Paris et sur l'ensemble du territoire. La population s'est soulevée. Le sang a couru dans les sérieuses rues de la capitale. Elles en ont vu d'autres après tout...
Morero semblait flotter, voler, d'une barricade à une autre, distribuer ses balles comme ses enfants de métal. Sous une pluie de plomb, il a lancé un long cri de joie et d'espoir, il est mort en héros les bras levés vers son rêve.
Tous les Capitul ont été arrêtés, et les Mutinu récompensés. Les Capitul ont été destitués de leur pouvoir, et les Mutinu en usent maintenant avec sévérité pour punir les traîtres. Ici se sont tenus les procès de tous ces Capitul. Arrive maintenant celui du dernier accusé, Morras, coupable du plus affreux des crimes : avoir assassiné l'ami, le frère de Mercussian, devenu juge...

L'orateur sort de la scène par la droite, mais aussi un peu par la gauche, indifféremment, il ne jette pas le moindre coup d'½il au spectacle qui se déroule derrière lui, il connaît déjà la fin sans qu'on la lui ait racontée.

MERCUSSIAN
En raison de l'atrocité de vos crimes, monsieur Morras, le jury populaire a décidé que la seule peine capable de laver votre âme était la peine capitale. Si à vos camarades ont été accordés quelques jours d'emprisonnement avant cette sentence, ou même parfois une simple peine de prison, vous serez durement et justement mis à mort sur-le-champ. Adieu Morras.

MORRAS

Je meurs avec au c½ur le vif espoir qu'un jour, notre lutte reprendra, plus amèrement encore. Un jour, notre action renaîtra, et notre action restera française. Je meurs en martyr et avec l'honneur d'un traitement de faveur. Une exécution immédiate.


MERCUSSIAN
De tels crimes n'auront plus jamais lieu. Toutes les images de ces temps de cruauté et de massacres que nous avons connus seront conservées dans nos mémoires et transmises à nos enfants, aux générations ignorantes qui nous suivront. Et vous serez jugés non plus par la justice de l'homme, mais par la loi du temps. Adieu Morras.

MORRAS
Et vous, mes gentils bourreaux, vous espérez être exemptés de ce jugement? Vous serez jugés comme les monstres qui ont assassiné leurs frères au mépris de tout droit et de toute humanité. Nos descendants ne chanteront pas vos louanges du matin jusqu'au soir, ils iront chaque matin au lever d'une morne lune cracher leur mépris sur vos tombes !

MERCUSSIAN
Vous serez à leurs yeux les chiens qui ont assassiné leurs semblables, sans jamais regretter ni demander pardon. Jamais tu ne t'es repenti de tes crimes. Gardons nous du jugement de Dieu : au regard de l'homme, nous serons les justes qui ont utilisé la mort pour mettre fin à vos carnages insensés. Adieu Morras.

Mercussian descend lentement de ses hauteurs boisées d'où il dominait Morras. Ce dernier est emmené par un subalterne en coulisses. Sans un bruit, Mercussian et Morras, se tournant le dos avec mépris et suffisance, s'éloignent l'un de l'autre. Ils vont d'un pas lent, mais lorsque Morras quitte la scène, Mercussian n'en est qu'à la moitié de son trajet.
Il marche, imperturbable. Son regard est fixe, il continue à avancer et ne frémit pas lorsque dans les coulisses à droite de la scène, un coup de feu retentit.




FIN


A Paul Lancereau.

# Posté le dimanche 15 avril 2007 03:53

Modifié le dimanche 15 avril 2007 04:09

Roman fleuve en cours

Roman fleuve en cours
Il est plus facile de tromper la mémoire des morts que de jouer avec les vivants.
Toutes les terres inconnues découvrent leurs charmes sous leurs jupes de mer.
Ces temps de misère et de désarroi me rappellent ce vieil homme, qui perdit soudainement tout ce qu'il avait, par un malheureux ricochet de brise. Mais ses jambes fatiguées l'empêchèrent de se lever face au vent. Il ne put que ramper une canne de bois vieilli et odorant vers cet espoir emmené à ses pieds.
Garde les chambres vides et sèches.
On doit tout dire, tout expliquer, tout vider avant de s'enfuir sans laisser d'empreinte.
Écoute l'appel de ta peau de cuir qui s'égosille sous des étoffes d'eau. Navigue entre tes jeunes rides et frôle de tes mains raidies la peau de l'être aimé.
Il traîne alors ses pieds d'argile au milieu d'une sorte de grand monde circulaire de tables rondes accrochées aux murs, en une sorte d'hélice insensée. Tout un monde brun et or. Tout un monde vernis et sans accroc, où tout semble être dit. Comme si un pas dans l'onirique rendait tout possible.
Il se prend un peu les pieds dans sa toge, mais avance néanmoins de sa voix rocailleuse :
« Si le Diable est le Diable et que Dieu est ( ce qu'il est ), c'est avant tout une question de dénomination. En effet, « le » Diable se laisse écrire sans broncher, mais jamais « le » dieu, dans la tranquille chrétienté. Mais ce que les lourdes robes de tissu grossier ont passé sous silence, c'est que si dieu n'est pas gratifié d'un article, mais d'un vide boitillant, il surplombe l'Homme de toute sa hauteur de foi. Et comme tout ce qui domine, il s'en éloigne.
En revanche, le Diable est un, mais il peut se permettre d'être partout. On peut écrire « Notre Diable à tous », mais pas « Le dieu de chacun ». Ainsi, ce Diable nous est propre, et proche, et sa présence voisine s'oppose à celle d'un dieu distribuant sa miséricorde au gré des louanges que l'on peut lui faire sur les bancs inconfortables d'une église immortelle. Chacun son Diable, et les brebis seront bien égarées... »
Voilà pourquoi l'Homme se retrouve parfois tout imbibé de peur dans les moments les plus glacés de son existence, c'est parce qu'il ne sait couper la corde qui le pend à sa raison, et au devoir qu'on lui a imposé.
Et je saute soudainement de l'émail dans une baignoire évidente, où je noie allègrement mon amour dans un bain de luxure avec une inconnue sans visage. Mais soudainement, l'eau se teint de noir, noir de honte, noir d'adultère, noir de regrets et de sanglots. Et je m'échappe, me sens plonger dans l'apaisant vide de l'éveil, mais garde au fond de la gorge cette sensation de souillure spirituelle.
Tout vide appelle à l'aspiration.

# Posté le dimanche 15 avril 2007 04:00

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:36