Scène de Ménage

Scène de Ménage
Il marche et soudain s'immobilise. Il jette son bras sans forme sur le sol, et Dieu, hésitant, trébuche dessus. Il ne s'étend pas de tout son long, c'est Dieu tout de même. Mais il est pourtant comme nos enfants, prophètes modernes, l'ont fait : vieux ( un peu intemporel ), et avec une barbe. Pour les enfants les plus incrédules, il marcherait dessus... Toujours est-il que le sang n'arrive pas à couler de l'entaille due à sa chute, c'est Dieu tout de même.

DIEU ( voix mécaniquement sensuelle )
Chers clients, consommatrices, consommateurs, sa Sainteté Dieu le Père vous annonce qu'à titre exceptionnel, chaque mort devra se présenter au guichet avant de marcher à la gauche de Dieu, les effectifs à sa droite étant déjà trop conséquents. Merci de votre attention et de votre fidélité.

LA STATUE DU COMMANDEUR
Le métal mou a trop bien su traverser ta chair liquéfiée par la peur, et transformer en bain de sang une innocente injustice. Je suis l'infernal : par moi, à la frontière de tes yeux s'arrête la lumière. Par moi tu te perds dans un escalier sans but. Par moi tu te mutiles de génie. Par moi tu parcours ta vie et cultives le blé de ta mort.

LE NOBLE POIS CHICHE
( entogé et couronné, agitant dans l'air ses petites mains feuillues )
Ô temps ! Ô m½urs ! (il s'écroule, assommé par la torche divine d'un quelconque Saturne qui poursuivait son nom dans l'espace clos ).

LE POÈTE SUICIDÉ
Je hais les lèvres sautillantes ! Je hais le réel ! Le couteau n'a jamais coupé un cheveu ! C'est lui qui te fend et te suspend ! Il pend dans l'air et le lacère ! Le laboure l'ouvre de part en part et l'abat finalement ! Ne joue pas sur les mots, mortel étriqué ! Attends ton tour dans l'ombre... ( lui aussi s'éteint, les cadavres s'alignent maintenant, suivant un immonde et ravissant rite ancestral ).

LE JOUEUR D'ÉCHECS
Je m'emmerde.

LE COUTEAU
On m'utilise ! On m'agrippe ! On me contraint ! On m'étreint et on me viole ! C'est de la diffamation !

LA CHAIR
Ta gueule.

L'ARMÉNIE
Je suis partout. Je m'émaille et je taille de c½ur de mon peuple comme celui de mon amant. Qu'est-ce qui a changé? La neige n'est-elle plus neige, n'y étouffe-t-on plus, n'y noie-t-on plus ses secs poumons?


Le Christ, son Père et le Saint-Esprit se lancent dans un trio de cantiques infernaux et d'orgues agonisantes, jusqu'à ce que le premier réalise qu'il n'était qu'un homme, le second qu'il n'existe pas, et le troisième, que personne ne sait au fond ce qu'il est.
Ils lâchent alors sur le champ leurs apocalyptiques trompettes et s'enfuient en courant se confesser, tout en pataugeant dans le sang des croisés.


LA MESCALINE
Je fais danser les visages les plus amorphes devant les orbites de mes sujets. Je crée et secoue ces mâchoires incessamment rythmiques, je pousse vers votre réel une foule de grimaces familièrement inquiétantes. Marie-toi, aie des enfants, vis parmi les hommes - un peu -, dans l'exil - beaucoup -.

Arrive l'ouvrier Albert sur ses petites jambes en désordre, qui parle à des tables dans un amphithéâtre vide.

ALBERT
(voyant que deux tables discutent entre elles)
Métal uniforme, fixe-moi de tes orbes ou je te forge ! Moi, je réduis le corps à un atome, l'amour à une hormone, la mort à une fatalité ! Je modèle la matière selon mes savants délires !

Mais Dieu réalise que les chaises vides ne servent à rien, et il les égorge l'une après l'autre dans un génocide sans nom. Alors, il vit que cela était bon. Puis, Caïn tua son frère Abel, mangea son père Adam, et viola sa mère Ève. Dieu trouva que ce n'était pas terrible, mais le savant lui souffla à l'oreille de laisser-faire. Alors Dieu laissa faire.

De ce bain d'inceste naquit Chronos.

CHRONOS
Homme ! Ton temps s'effiloche !

Quelques enfants plus tard...


CHRONOS
Homme ! Tu crois me combler, mais je reste silhouette. Ta main n'a pas de prise, ton règne n'a pas de fin, ton rêve t'abandonne. Et je passe et j'efface ton sentiment de “plein” intérieur.

LES PLEURS DE CRISTAL
Il vaut mieux ne pas être sous la nuit quand elle tombe. Misérables ! Ne voyez-vous pas que les planches pourries de l'univers sont la négation ? Tout être est la négation d'un non-être écarté au hasard. Mais non, vous êtes toujours à expirer « Méandre-moi » ma Juliette, « Ténèbre-moi » mon Roméo ! Le vase où tu t'oublies et plantes tes racines profondes se ravine et se brise.

LE NON-DIT
La Musique est Maîtresse de tout désir et de tout crime.

L'ÉGLISE

Non.

UN REFLET D'ÉTOILE
( pendu à un téléphone noir, style 1950 )
J'ai commandé un homme d'esprit, il y a trois semaines de cela, mais il n'est toujours pas arrivé.

LE GRAND PONTIFE devenu HORODATEUR puis OPÉRATRICE TÉLÉPHONIQUE
( d'une voix d'horodateur efféminé, sur un ton quasi-religieux )
Les grands hommes sont obsédés par les grandes causes. Ou plutôt, ils s'y emprisonnent, avec le sérieux d'un animal traqué. Mais ces grands sont maniérés. Si seulement ils pouvaient replonger leur visage dans la fange cimentée...

COMPLAINTE DE LA MACHINE
L'égorgeur s'enfonce dans la couloir triste et sale encombré de reliques d'espérances. Chaque pas coûte dix ans, et il finit par masquer de ses rides le clair de lune qui passait son visage hagard et débile.

Trois coups retentissent et l'assassinent sans un regard.

LE DRAMATURGE
Je me meurs. Maudit siècle de luxe et de comédie ! De mon temps, on changeait le bois en bronze, mais aujourd'hui une tirade ne survit que dans la grise précarité d'une scène...


# Posté le mercredi 07 février 2007 09:16

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:51

Les doigts du lépreux

Les doigts du lépreux


Au début, tout n'est que pieux sanglot et supplications incantatoires.
Mais à mesure qu'avance l'écrit, la peine meuble va se creuser et laisser s'échapper l'adoration.

L'enterrement solennel est un serment immuable, confortablement installé mais que l'on discerne pourtant à travers un songe. Et ce songe semble comme extirpé d'une nuit d'été, une nuit vide, sans givre ni chaleur, mais pourtant humide et interminable. Sombre et frais, comme la terre que l'on vient d'arroser. On aime y tremper nos mains écorchées, et sentir la matière contre la matière, comme si le néant pouvait reboucher le vide dans le réel, comme si on pouvait combler le faux avec du rien.
On n'a pas le droit de scander une note.

La Poésie est discrète et ne pose pas trop de questions.
La valse des Fleurs rappelle-t-elle toujours la marche des Ombres ?
Silencieuse.
La perfection passe et disparaît, lisse et inconnue : le poids des regards ne l'entrave en rien.

Je me sens comme entre les lignes, illisible. Tu ne me demandes même pas pourquoi tout est faux. Je suis faible alors que j'ai été assez fou pour croire que les fleurs pouvaient étouffer le béton des villes fraîches.

Ce qui définit vraiment l'adulte, c'est le choix. Et nous redevenons un peu enfants lorsque nous laissons la vie nous prendre par la main.

Déracine-moi. Sois ma femme. Sois mon déclin et ma mort. Peins-moi et grise mes jours. Fais-toi la flamme de ce triste voyage, mais toujours entretiens mon ardeur toute de noir et blanc. Crois-moi enfin, je ne suis pas qu'un portrait transfiguré mais pourtant onduleux.
Les ondes ne se trouvent qu'en chassant un peu de fumée mouvante. C'est pourtant vrai : tout devient ondes. Ondes de vie, de plaisir et de perdition, ondes de passion puis de raison. Je ressens comme lui, l'éternel enterré, cet ensevelissement. Ce monde fait comme basculer sans cesse. Un métronome des heures. Et ces heures passant n'aident en rien : la substance réduite à l'insanité, à l'absolue ambivalence.

Des vers dans le cendrier

Le cheminement de l'homme vers la passion se fait par la traversée de rideaux humides, caressés et écartés de la main, le franchissement d'un plaisir rythmique, par à-coups.
L'arrivée à l'aliénation : le poète apprend de ses semblables et glisse ses doigts chancelants dans ce grand corps frissonnant. Il en extrait la matière aimante de son discours fusionnel.
Pour se retrouver, il faut d'abord se perdre un peu.
Le poète d'antan ( celui de l'ivresse hachichine ) l'avait pourtant bien dit : il faut à tout prix éviter les actrices. Héroïnes d'un soir, elles nous hissent au plus haut de nous-mêmes, mais sitôt leur présence défendue consommée, on se dresse en ramassis de lumière encore fumante. Mais j'ai succombé à tes mains d'étincelles, et je rampe aujourd'hui glorieusement à tes côtés, sous les visions accusatrices.
La nuit risque d'être courte, infiniment courte.

# Posté le mercredi 07 février 2007 09:17

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:35

Mardi Noir

Mardi Noir
Les voix de l'esprit sont impénétrables : elles cisaillent avec fidélité et exigent avec arrogance. Elles serrent de toute leur existence, de toute leur laideur leurs doigts de brume autour de mon cou.

Prophétiques harpies qui m'avez montré les images de cette violence fantasmatique cette incontrôlable vérité ce délire inachevé cette sortie de nuit cette expiration du vrai cet enchevêtrement d'allégories visionnaires trépignant de folie trépignant de perdition trépignant d'incompréhension et d'hermétisme, d'esthétique.
Souffle, l'immortel. Gémis d'honneur et de grâce.

Hier n'est plus qu'un vacillant souvenir, où tu balançais encore ta robe de tissu et de passion, et où mon corps savait encore épouser les formes de mes pensées le plus noires. Ces jours sont morts. Ils ont lentement filé sous tes pas. Ils ont lentement fixé leur trépas. Ils m'ignoraient en pénétrant sous ma chair. Ils n'avaient à l'esprit que de retrouver ces pays de feu trop vite quittés. Terres brûlées, contrées de parfums tristes et de portraits sanglotantes.

Aujourd'hui, je crois avoir saisi l'image tranchante de mon mal : ma matière se noircit de jour en jour alors que mon esprit ne s'érode pas. Il voudrait toujours ignorer la basse substance et rester éternellement jeune. Mais, perdu dans un océan de chair, il n'a pu mépriser plus longtemps les alarmes du suicide quotidien, chargé de peur et délices.

Ton visage frileux [de cet instant de distraction ] les larmes s'envisagent.
Tu ruisselles de me voir emprunter un mauvais sentier, et de rester impuissante face à ma déviance. Mais tu t'aveugles : si je ne marche que dans les empreintes que tu oublies de me montrer, tu m'évites de m'abattre dans le précipice environnant ! Brise le son de ces violences illusoires, éteins le charme chancelant de ces minutes coupables !

Sens l'espoir effleurer ton corps, caresser ta peau d'aube, et s'enfuir vers un ciel désert. .
Rien ne doit être, tout reste à créer.

# Posté le mercredi 07 février 2007 09:18

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:35

La femme de Satan

La femme de Satan
La femme de Satan

Dieu créa la Vie. On pouvait entendre le béton respirer. Et l'on se sentait infime, comme dans un ballon, comme enfermé
dans une bulle aigue de caoutchouc. Puis, il décréta qu'il fallait être en début de phrase pour mériter une majuscule.
Le matin même où tu fus piétinée par le progrès et son c½ur de tôle, je donnai naissance à la mort. ............................Sur un son d'orgue et de lumière, le premier..............................cri humain se sentit frémir.
Serre les sourires entre tes dents. Serre les lumières entre tes bras.
Immobile notre nu sur le papier, coagule ta splendeur dans la raideur du monde.
Désapprends..........à...........vivre......... comme...........tu............fais....................croupir ton...........ombre.
Ne modèle plus l'instant : enfante l'infini ! ................................................... Sache prendre pitié de ta longue misère, et la vagabonder comme un éclat
.....................................Déambule ton plaisir, agonise ta gêne........... de brise.
Vautour d'homme : je me décline et me litanie. Devenir est.
Porte aux lèvres les dires des hommes et tes genoux de plaintes, usés par le temps des prières. Désapprends à me mourir. J'ai eu ce rêve... Ma Vénus.
Laisse-toi entravée au travers de la route
dans ta poursuite d'une place au soleil de l'aiguille : la place est déjà prise
................................................................................de l'église
Délimite ton espace de folie et frappe-t-en le front jusqu'à en OUBLIER que tu crois ( la condition d'existence ).
-----------------------------------------------
.................Barrières de m½urs, d'esprit et de lettres, s'écorcent d'elles-mêmes sous tes délices.

Phoque-pagaie, phoque-pagaie...

# Posté le mercredi 07 février 2007 09:19

Modifié le vendredi 05 octobre 2007 10:18

Genèse du Mal

Genèse du Mal
Genèse du Mal
Corps
........d'opéra
.................et feuillets égarés.
-------de jardins...........leur chaleur
Torsades............exultent[/i...................avec haine.

La Fleur danse nue. La fleur torse nue.

J'aspire le c½ur de cette lutte sanglante, ce rouge combat aux allures d'étincelles.
Animal délire de tissu et de chair.

d'être et de progrès.
Grandioses palaces tendus de toiles et d'enivrants parfums.
Lumineux palais d'or tes portes s'ouvrent aux miséreux.

Le flot tétanisé du profond océan charnel se fend en deux lames de plaisir interdit.
Et quand ( Ô ! Quand ! ) tu passes ta langue de ton front jusqu'à ton plus bas menton, tu sens goutter en toi le plus sauvage malaise.

Le plus lointain navire sombre dans le plus lointain paysage.

Tu.....................................du sourire.
.....sens................les forces
...........pousser en toi
Pendant que tu vis entre tes genoux fondus et ta gorge d'argent.
Inachève le fini, contemple l'achevé.

Et toujours écarte tes étoffes de foi.
----------------------------------------- Ruisseau d'encre...
----------------------------------------- Ruisseau d'encre...
L'homme a réussi l'exploit millénaire de planter dans la roche un jet d'eau claire et chantante. Chantante comme les eaux de ton enfance.
Tes pas de cymbales te guident à l'empire guerrier d'un autre roi croulant.
Tout est musique et sexe, sexe et musique.
Ton.....................charbon...............se...................grise.
Tu ......................as......................de l'écrire........................en travers ................de la poitrine.
Ta.......................marche...............se..................renverse.
...................................Les heures penchent et se tordent vers le soleil haletant de grâce et
de hasard. ..................................... Jeme suis brûlé de hasard.
..................................Je ne veux pas être un jour ce plafond éteint qui voit les mots pousser sans les voir vibrer. Je veux vivre à l'envers sous ce plafond de génie. Je ne veux pas être l'encens, je le veux humer de loin.
....................[De terre à terre, il n'y a plus qu'un pas...

# Posté le mercredi 28 février 2007 06:08

Modifié le vendredi 05 octobre 2007 10:23