Il marche et soudain s'immobilise. Il jette son bras sans forme sur le sol, et Dieu, hésitant, trébuche dessus. Il ne s'étend pas de tout son long, c'est Dieu tout de même. Mais il est pourtant comme nos enfants, prophètes modernes, l'ont fait : vieux ( un peu intemporel ), et avec une barbe. Pour les enfants les plus incrédules, il marcherait dessus... Toujours est-il que le sang n'arrive pas à couler de l'entaille due à sa chute, c'est Dieu tout de même.
Ô temps ! Ô m½urs ! (il s'écroule, assommé par la torche divine d'un quelconque Saturne qui poursuivait son nom dans l'espace clos ).
Le Christ, son Père et le Saint-Esprit se lancent dans un trio de cantiques infernaux et d'orgues agonisantes, jusqu'à ce que le premier réalise qu'il n'était qu'un homme, le second qu'il n'existe pas, et le troisième, que personne ne sait au fond ce qu'il est.
Ils lâchent alors sur le champ leurs apocalyptiques trompettes et s'enfuient en courant se confesser, tout en pataugeant dans le sang des croisés.
Arrive l'ouvrier Albert sur ses petites jambes en désordre, qui parle à des tables dans un amphithéâtre vide.
Métal uniforme, fixe-moi de tes orbes ou je te forge ! Moi, je réduis le corps à un atome, l'amour à une hormone, la mort à une fatalité ! Je modèle la matière selon mes savants délires !
Mais Dieu réalise que les chaises vides ne servent à rien, et il les égorge l'une après l'autre dans un génocide sans nom. Alors, il vit que cela était bon. Puis, Caïn tua son frère Abel, mangea son père Adam, et viola sa mère Ève. Dieu trouva que ce n'était pas terrible, mais le savant lui souffla à l'oreille de laisser-faire. Alors Dieu laissa faire.
De ce bain d'inceste naquit Chronos.
Quelques enfants plus tard...
LE NON-DITLa Musique est Maîtresse de tout désir et de tout crime.
Non.
J'ai commandé un homme d'esprit, il y a trois semaines de cela, mais il n'est toujours pas arrivé.
Les grands hommes sont obsédés par les grandes causes. Ou plutôt, ils s'y emprisonnent, avec le sérieux d'un animal traqué. Mais ces grands sont maniérés. Si seulement ils pouvaient replonger leur visage dans la fange cimentée...
Trois coups retentissent et l'assassinent sans un regard.
DIEU ( voix mécaniquement sensuelle )
Chers clients, consommatrices, consommateurs, sa Sainteté Dieu le Père vous annonce qu'à titre exceptionnel, chaque mort devra se présenter au guichet avant de marcher à la gauche de Dieu, les effectifs à sa droite étant déjà trop conséquents. Merci de votre attention et de votre fidélité. LA STATUE DU COMMANDEUR
Le métal mou a trop bien su traverser ta chair liquéfiée par la peur, et transformer en bain de sang une innocente injustice. Je suis l'infernal : par moi, à la frontière de tes yeux s'arrête la lumière. Par moi tu te perds dans un escalier sans but. Par moi tu te mutiles de génie. Par moi tu parcours ta vie et cultives le blé de ta mort. LE NOBLE POIS CHICHE
( entogé et couronné, agitant dans l'air ses petites mains feuillues )Ô temps ! Ô m½urs ! (il s'écroule, assommé par la torche divine d'un quelconque Saturne qui poursuivait son nom dans l'espace clos ).
LE POÈTE SUICIDÉ
Je hais les lèvres sautillantes ! Je hais le réel ! Le couteau n'a jamais coupé un cheveu ! C'est lui qui te fend et te suspend ! Il pend dans l'air et le lacère ! Le laboure l'ouvre de part en part et l'abat finalement ! Ne joue pas sur les mots, mortel étriqué ! Attends ton tour dans l'ombre... ( lui aussi s'éteint, les cadavres s'alignent maintenant, suivant un immonde et ravissant rite ancestral ).LE JOUEUR D'ÉCHECS
Je m'emmerde. LE COUTEAU
On m'utilise ! On m'agrippe ! On me contraint ! On m'étreint et on me viole ! C'est de la diffamation ! LA CHAIR
Ta gueule. L'ARMÉNIE
Je suis partout. Je m'émaille et je taille de c½ur de mon peuple comme celui de mon amant. Qu'est-ce qui a changé? La neige n'est-elle plus neige, n'y étouffe-t-on plus, n'y noie-t-on plus ses secs poumons?Le Christ, son Père et le Saint-Esprit se lancent dans un trio de cantiques infernaux et d'orgues agonisantes, jusqu'à ce que le premier réalise qu'il n'était qu'un homme, le second qu'il n'existe pas, et le troisième, que personne ne sait au fond ce qu'il est.
Ils lâchent alors sur le champ leurs apocalyptiques trompettes et s'enfuient en courant se confesser, tout en pataugeant dans le sang des croisés.
LA MESCALINE
Je fais danser les visages les plus amorphes devant les orbites de mes sujets. Je crée et secoue ces mâchoires incessamment rythmiques, je pousse vers votre réel une foule de grimaces familièrement inquiétantes. Marie-toi, aie des enfants, vis parmi les hommes - un peu -, dans l'exil - beaucoup -. Arrive l'ouvrier Albert sur ses petites jambes en désordre, qui parle à des tables dans un amphithéâtre vide.
ALBERT
(voyant que deux tables discutent entre elles)Métal uniforme, fixe-moi de tes orbes ou je te forge ! Moi, je réduis le corps à un atome, l'amour à une hormone, la mort à une fatalité ! Je modèle la matière selon mes savants délires !
Mais Dieu réalise que les chaises vides ne servent à rien, et il les égorge l'une après l'autre dans un génocide sans nom. Alors, il vit que cela était bon. Puis, Caïn tua son frère Abel, mangea son père Adam, et viola sa mère Ève. Dieu trouva que ce n'était pas terrible, mais le savant lui souffla à l'oreille de laisser-faire. Alors Dieu laissa faire.
De ce bain d'inceste naquit Chronos.
CHRONOS
Homme ! Ton temps s'effiloche ! Quelques enfants plus tard...
CHRONOS
Homme ! Tu crois me combler, mais je reste silhouette. Ta main n'a pas de prise, ton règne n'a pas de fin, ton rêve t'abandonne. Et je passe et j'efface ton sentiment de “plein” intérieur. LES PLEURS DE CRISTAL
Il vaut mieux ne pas être sous la nuit quand elle tombe. Misérables ! Ne voyez-vous pas que les planches pourries de l'univers sont la négation ? Tout être est la négation d'un non-être écarté au hasard. Mais non, vous êtes toujours à expirer « Méandre-moi » ma Juliette, « Ténèbre-moi » mon Roméo ! Le vase où tu t'oublies et plantes tes racines profondes se ravine et se brise. LE NON-DIT
L'ÉGLISE
Non.
UN REFLET D'ÉTOILE
( pendu à un téléphone noir, style 1950 )J'ai commandé un homme d'esprit, il y a trois semaines de cela, mais il n'est toujours pas arrivé.
LE GRAND PONTIFE devenu HORODATEUR puis OPÉRATRICE TÉLÉPHONIQUE
( d'une voix d'horodateur efféminé, sur un ton quasi-religieux )Les grands hommes sont obsédés par les grandes causes. Ou plutôt, ils s'y emprisonnent, avec le sérieux d'un animal traqué. Mais ces grands sont maniérés. Si seulement ils pouvaient replonger leur visage dans la fange cimentée...
COMPLAINTE DE LA MACHINE
L'égorgeur s'enfonce dans la couloir triste et sale encombré de reliques d'espérances. Chaque pas coûte dix ans, et il finit par masquer de ses rides le clair de lune qui passait son visage hagard et débile. Trois coups retentissent et l'assassinent sans un regard.
LE DRAMATURGE
Je me meurs. Maudit siècle de luxe et de comédie ! De mon temps, on changeait le bois en bronze, mais aujourd'hui une tirade ne survit que dans la grise précarité d'une scène...



