Pluie amère

Pluie amère
Artifice illusoire pour insuffisance artistique.
Sans ordre ni raison.
Témoin de l'impossible, l'intemporel violenté fait plier la justice des hommes. L'illusion et la création nous enchaînent discrètement.
Évasion, alternative à l'espoir et la désillusion, certitude tremblante et ébranlée, souriant ses mots : dans la banalité du quotidien, tout est matière à exprimer le beau. L'éloignement que l'on croit reconnaître n'est plus qu'un languissant souvenir pour l'½il à moitié voilé. Tremblante allégorie à demi pardonnée, dans la solitude nauséeuse, on écrit comme dans un rêve, mais on oublie trop vite au réveil que l'on est rien. Regarde-toi, pauvre inconnue malgré toi entraînée dans cette danse macabre, accepte ce travestissement ridicule, et replonge-toi dans cette quiétude imposée, car rien ne t'oblige à croire, à te prendre au jeu misérable du fils de l'homme.
Comment résister à l'appel bienveillant de l'approbation ?
Les jeux sont faits, le bonheur n'est pas dans la culture, dans la quête d'un idéal chimérique. Si la conscience s'efface devant l'instantané, qu'il la masque complètement, n'y trouve-t-on pas entière satisfaction? Que nous apportent finalement nos lamentations solitaires nocturnes, notre folie créatrice, notre passion ou notre espérance ? Un malheur apprivoisé, des souffrances sans soupir, face à une béatitude immédiate et imbécile.
Pourquoi n'écris-tu pas ?

# Posté le vendredi 08 septembre 2006 04:10

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:42

Les Laura sont des gens bien

Les Laura sont des gens bien
J'aime tes mots si vrais qui me rappellent que la folie ne se limite pas aux autres, ces aliénés qui mêlent un peu de terreur à la fadeur de l'aujourd'hui, ceux qui étanchent par le sang leur soif de vengeance. La liberté d'expression est absolue ou n'est pas. Passionnés de violence, la mort à la bouche, et le cadavre à la main, criant leur rage dans le lointain, tuant leur ennemi comme leur propre frère.
Jamais je ne m'étais cru assassin. Mes mots n'étaient qu'innocence. Tu les as rendus distants et acérés.
Désarmés et muselés, nous nous croisons et ne levons pas les yeux de peur de voir le soleil. Et je me perds près de toi, qui me souffle d'écrire, jusqu'au néant, jusqu'à la vérité.
Peu importe le sujet, chaque mot que j'écris est une ode à notre renaissance acharnée et fusionnelle. Gueule béante et rieuse d'un funeste destin, laisse-moi t'entraîner malgré tout, sans un au revoir à l'avant.
Absurde obsession, obscure abstraction, ça sonne mieux que la vie neutre je trouve.
Simulacre de connaissances, tout cela n'a pas de nom. Le jour où tout aura un mot, la vie ne vaudra plus rien, mais je garde espoir, car il reste toujours du beau sans nom, du beau à peupler de littérature.


A mon autre moi, que j'aime comme j'ai toujours voulu aimer, que j'aime comme j'aurais souhaité m'aimer.
Dans l'attente découragée d'un lendemain pluvieux...
Tu fus mon rêve de toujours.

# Posté le dimanche 01 octobre 2006 13:47

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:34

Comme une veuve déplorée

Comme une veuve déplorée
Le Diable s'ennuie sans l'homme
Honteuse romance dépravée
Débâcle et innocence, fatalisme et réalité,
Comme un leitmotiv entre quatre planches de chêne.
Jeux d'âge et de couleurs,
D'audace et de mépris.
Démence.
Aucune place ni aucun sens, comme un train en gare
Depuis trop longtemps.
On passe, tristes visiteurs
Du soir, grelottants de solitude.
Encore une nuit sans ombre
Dans le grand hôpital psychiatrique
De la vie.
Une rangée de noms sans visage
Bouquet d'âmes sans rien à hanter
Comme l'ocre pâle de la naissance porteuse d'espoir,
Comme le sifflement vermeil
Coulant et se répandant
Des lèvres de ceux qui épanchent
D'un faible halo d'espoir
Leur trépidante soif de gloire
Au nom d'un idéal orgasme intellectuel.
L'alcool pour oublier, l'amour pour se briser
Comme une sorte d'ivresse de vivre,
D'essence,
D'absence.

# Posté le mercredi 11 octobre 2006 07:29

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:42

Mon Enfer Illuminé

Mon Enfer Illuminé

Un visage nouveau, ça ne change pas une vie. De toutes façons, il est déjà dévasté par les ans, brûlé par le froid de la rédemption, et puis il est un peu tard. On verra demain.

Et puis ça arrive, comme une douleur absolument sourde.
Et c'est elle, la somnambule endormie, qui me dit que ce beau ne rentre pas dans le cadre, c'est la vérité !

Et je lis, je ne sais plus où ( en moi peut-être ) que l'ivresse n'est plus la conscience : c'est la sortie de soi, le corps n'agit plus pour ou contre l'esprit, mais sans l'esprit.

J'allais oublier, la douleur, ça se tasse, comme une vieille, ça se ride et ça crève dans l'indifférence.

Rien n'est plus faux que l'inquiétude qui n'attend pas.

La bombe dans le train, l'onde de fumée et de sang qui s'agite, tout rit de soi-même, comme un encroissé qui ne marcherait plus sur l'eau.

L'argent n'est rien, un mot posé sur du vide, flottant dans l'air, comme tout d'ailleurs, mais l'intérêt est dans l'avant-le-mot.

Étincelle étourdissante, avec un bruit de vie, aveuglant, hypnotique.

Des corps dressés sur un pont comme des sexes arrogants, ils paraissent comme résignés, prêts non pas à être fusillés, mais à accueillir les balles.

Et, comme il le dit souvent, l'autre semble perdu au milieu des chants, et il lutte contre ce faible et pâle brouillard qui préserve toute la pudeur de la lumière.

Tout est si présent, dans sa nudité.

Il y a comme un bruissement de mort dans les arbres, comme un bruissement sans lendemain.

Pourtant, c'est la vie qui coule, entre ces feuilles décharnées, entre ces faux airs qui se superposent et nous écrasent de leur massive insignifiance. La vie est une succession d'insignifiances.

Ces files de robes blanches, de roses éclatantes qui attendent sans pétale leur tour sous la pluie, qui attendent que le froid leur ronge la tige, quelle dérision !

Et pendant que ses mains se noient dans le sang ( on y respire mal depuis quelques temps ), on lit dans ses yeux le souvenir de la mort de son frère, l'homme.

En cette heure où je veille, tu ne dors pas non plus, à peine rassurée par ces murs de verre qui t'entourent, par ton corps comme friable qui refuse de vivre, qui refuse de n'être qu'homme, c'est une triste noblesse insensée, comme un ange en larmes là où le Diable rit à chaudes larmes.

Un chemin bordé d'arbres comme quotidien, sous des ombres délicieuses s'étire une suave nature, mais même pour ses yeux, peu trébuchent volontairement. Le propre de l'homme n'est-il pas justement de trébucher ?

Une cascade comme un nuage blanc, doux et vrai, pareil à ces corps qui s'émiettent.

Et, innocents, à l'arrêt du bus, tous attendent que les flammes infernales les consument.

Plus de sang sur tes mains, des enfants qui tombent du ciel et s'écrasent sur le sol, en un pathétique rêve chrétien, pour plus de peur dans ton c½ur, et de haine dans tes yeux.

Une femme sans corps, une tête comme posée là, qui tente de parler, mais qui voit ses lettres déformées par le froid.

Et elle veut du feu, de la chaleur, et elle implore, comme une prière lamentable, en attendant la mort.

Une telle terreur humaine au bord du gouffre, qui transporte, comme un astre sacré, un soleil tout recouvert de neige, qui pouvait l'imaginer ?

Et l'éreintée elle aussi le ressent, ce frisson universel, cet horizon doré, cette goutte qui perle et ne gèle pas malgré le froid.

Qu'est-ce qu'elle est mal à l'aise sur la pierre mouillée de l'église !

Et ils rêvent d'évaporer, comme une rencontre improbable entre le lourd et l'inspiration.

Ça fait mal aux yeux d'exister.

C'est comme voir pour de vrai tous ces humains tant rêvés.

On ne peut pas trouver le rêve dans la réalité si on rêve de faux, de fantômes et de cendres.

Dialogue :
Elle lui demande s'il est le Diable.
Je l'étais, répond-il.
Et elle lui demande ce qu'il écrit.
Ce n'est que cendres, répond-il.
Ce n'est qu'ombres, ombres du réel, expliqua-t-il, d'une voix comme caverneuse, avant de perdre un peu de lui.

Et ça l'est un peu plus à chaque vie. Ça frissonne, comme une impression.

Le métal délie les langues des conversations torturées : sur quel bouton doit-on appuyer pour que l'univers se désenfume ?

Il s'étend dans la perfection nuagée, cet assassin de la nuit, qui se glisse toujours au fond des ruelles les plus méprisées tirer la pierre de son sommeil.

Et pendant que l'eau s'embrase ( à qui la faute ? ), les yeux font comme se perdre, se chercher, disparaître, et réapparaître autre part, dans le souffle de la flamme d'Or peut-être ?

Opposition insoutenable. Les terres noires buvant la souffrance de leurs pairs, tandis qu'en ruisseau passif s'écoule l'eau vive.

Il a dit, enfant, qu'il voulait arrêter le piano, parce qu'il ne serait jamais Mozart.

Aujourd'hui, on peut sans honte être un génie à moitié.

Et elle lui demande pourquoi le sapin fleurit, pointant l'hiver du doigt. Il hausse les épaules avec envie, comme toujours.

Effrayant, comme un plafond qui tombe, une colombe dévorant un arbre, insolite comme un oeuf duquel en naîtrait un autre, un refrain quotidien.

Il faut voir ce qui sort des ombres, et qui tombe en poussière. Les innocents d'aujourd'hui, on les plie en quatre et on les cale dans des pilules pour le délire d'un autre.

La vie c'est ça, un enfant cruel et capricieux. Les miracles ne se vendent pas, ils se subissent. Comme tout ce qui est sacré, ils sont pourris par les souhaits de l'homme, qui toujours s'abandonne.

Les jours sont des charbons ardents : ils glissent, noircissent, et s'oublient dans la poussière.

Non, elles ne transparaissent pas, ta joie forcée, ta pensée chevrotante, et tu en oublies tes mots, dans ton acte d'effacement. Tu noies cette innocence dans un bain de foi, et tous, ils croient bien faire en tuant dès le berceau une volonté aux doigts potelés. Quelle laideur que de prêcher l'amour et la tolérance, de dire que ce trop petit être comprend, qu'il accepte de revêtir l'absolu qui désunit les hommes et ferme les esprits. Ce vieillard en est resté au stade du verbe, et il essaye de transmettre ces années qui l'ont blanchi et craquelé à cette beauté nouvelle qui s'ignore. Revêtir le christ, c'est beau, mais ce n'est qu'un mot.
Ça y est, ils l'ont abattue, cette volonté possible, en brandissant leur enveloppe crevée.
Je préfère encore aller retrouver mon froid.

Elle les a vus, jalouse, se couler l'un dans l'autre, comme un métal aérien dans un moule trop étroit.

Il n'y a pas de quoi jouer au jeu aveugle du tort et de la raison : disons que la vérité est entre les deux.

Là où on ne meurt plus parce que l'on ne sait plus y penser, là où l'on ne vole plus les rêves, là encore où l'on étend le doigt vers le lointain extérieur, là, enfin, les morts ne peuvent plus se tuer entre eux.

Et tu marches lentement, seulement pour voir ce que cela fait d'être seul sur ses jambes.

Et tous les jours, le poète sur sa borne rouge et blanche tente de déchiffrer le mystère de ce nombre : cinquante-quatre. C'est un voyant. Mais il n'est pas assez verdoyant, alors il préfère toujours vérifier que les choses vivent, au ralenti, mais battent toujours, en une guerre intestine millénaire.

Il faut pardonner à moitié, car ils savent ce qu'ils font, mais ne savent plus ce qu'ils disent. Ils ont oublié. Oublié de savoir, oublié de se rappeler ; oublié le chien fou qui crache ses dents derrière le grillage ( comme un ½il grillagé, comme un v½u grillagé ) ; oubliée, la vieille du coin qui alors faisait accoucher, et puis, plus rien, elle ne fait que se dégager de sa vieillesse.

Personne ne devrait avoir à en sortir en pleurant. Un ennui sonore et vaporeux comme un rêve ou une présence qui s'appesantit.

Tu me demandes pourquoi ils ne bavent que des meurtres et de la douleur ? La paix et l'amour, ça n'a jamais fait consommer.

Et l'autre, il ne fait que débiter ses insanités, ce n'est que la vérité, je le jure devant qui le veut.

Toujours, ruine l'absolu et encense l'immortel.


TRANSCENDANCE AU PIED DE L'EGLISE
POUR LA PREMIERE FOIS, L'ART APPARAÎT DANS TOUTE SA VERITE ET SA SUPERCHERIE
L'ART DOIT ÊTRE LE REFLET TROMPEUR D'UNE VIE TROMPEUSE
PREMIERES ESQUISSES DE SURREALISME...

# Posté le samedi 11 novembre 2006 05:56

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:43

Tu t'angélises

Tu t'angélises
Quand j'ai dû être à son image, quand je me suis vu multiplié et crucifié, j'aurais voulu ne plus être qu'un peu de honte que l'on entoure autour de son doigt en pensant que cela nous portera chance. Et étonnement, je me suis vu martyr avec les années.

Et alors que sonne la dernière messe, ce n'est que le goût de la peur qui resplendit, rassure-toi. C'est un peu luisant et suintant, je sais, mais l'homme se nourrit de nuée.

Mais il se fait toujours passer pour ce qu'il n'est pas. Un homme ou une femme, peu importe, du moment que le désir n'est pas qu'une haine clandestine qui fait oublier. Si on élucubrait un peu ?

Les limbes du purgatoire sont du côté de ceux qui se bâtissent un monde, cultivant avec maladresse quelques pousses, quelques feuillets d'artifice. Et jouent à faire du faux.

Tu crois ne plus voir l'ennui en laissant danser la ville devant tes yeux.

Et tu t'angélises, tu crois chasser l'art, tu veux passer comme une lame dans cette chair odorante.

Elle croit qu'il se plaint de son mal, mais il ne fait que réciter, lire et déclamer son chapelet sans fin. Écoute le silence de cet être qui s'ennuie en parlant ! Regarde cette silhouette qui se démène pour exister ! Ce n'est qu'une forme sans nom, une imitation : du théâtre. Il dit vivre comme dans un conte désenchanté, comme sous un ciel sans étoiles, une âme destituée, un mal parasitaire. Mais tout cela n'est que mensonge, irritant manège pour voyeur croyant encore au merveilleux.

Le problème avec la femme, vampire qui ne sait aimer, c'est qu'on ne peut la fixer, la contraindre dans l'instant.

S'il te plaît, laisse-moi juste tuer ce sourire qui baigne dans ton visage ! Laisse-moi crever ces yeux que je ne reconnais plus ! Laisse-moi me couler dans cette bouche comme une eau trop avide ! Laisse-moi t'adorer et me mépriser, m'encenser et nous déchirer, pour l'amour de dieu, pour la passion de l'écrin, pour ne plus jamais t'aimer.
Tu soulèves trop de sable quand tu passes dans ma vie. Tu me ramènes par la main là où ce n'est qu'un jeu, le plaisir de naître homme.

La différence c'est qu'ils essayent d'exister à peu près, comme une roche qui palpite, alors que toi comme moi n'attendons plus rien. Laisse-les craquer toutes leurs allumettes sous le vent, laisse-les souiller de leurs sang tous les drapeaux blancs, laisse-les en file se pousser sur les rails du métro, laisse-les abandonner leur nature et verdir leur misère.

# Posté le samedi 11 novembre 2006 06:04

Modifié le vendredi 20 février 2009 05:43