Un visage nouveau, ça ne change pas une vie. De toutes façons, il est déjà dévasté par les ans, brûlé par le froid de la rédemption, et puis il est un peu tard. On verra demain.
Et puis ça arrive, comme une douleur absolument sourde.
Et c'est elle, la somnambule endormie, qui me dit que ce beau ne rentre pas dans le cadre, c'est la vérité !
Et je lis, je ne sais plus où ( en moi peut-être ) que l'ivresse n'est plus la conscience : c'est la sortie de soi, le corps n'agit plus pour ou contre l'esprit, mais sans l'esprit.
J'allais oublier, la douleur, ça se tasse, comme une vieille, ça se ride et ça crève dans l'indifférence.
Rien n'est plus faux que l'inquiétude qui n'attend pas.
La bombe dans le train, l'onde de fumée et de sang qui s'agite, tout rit de soi-même, comme un encroissé qui ne marcherait plus sur l'eau.
L'argent n'est rien, un mot posé sur du vide, flottant dans l'air, comme tout d'ailleurs, mais l'intérêt est dans l'avant-le-mot.
Étincelle étourdissante, avec un bruit de vie, aveuglant, hypnotique.
Des corps dressés sur un pont comme des sexes arrogants, ils paraissent comme résignés, prêts non pas à être fusillés, mais à accueillir les balles.
Et, comme il le dit souvent, l'autre semble perdu au milieu des chants, et il lutte contre ce faible et pâle brouillard qui préserve toute la pudeur de la lumière.
Tout est si présent, dans sa nudité.
Il y a comme un bruissement de mort dans les arbres, comme un bruissement sans lendemain.
Pourtant, c'est la vie qui coule, entre ces feuilles décharnées, entre ces faux airs qui se superposent et nous écrasent de leur massive insignifiance. La vie est une succession d'insignifiances.
Ces files de robes blanches, de roses éclatantes qui attendent sans pétale leur tour sous la pluie, qui attendent que le froid leur ronge la tige, quelle dérision !
Et pendant que ses mains se noient dans le sang ( on y respire mal depuis quelques temps ), on lit dans ses yeux le souvenir de la mort de son frère, l'homme.
En cette heure où je veille, tu ne dors pas non plus, à peine rassurée par ces murs de verre qui t'entourent, par ton corps comme friable qui refuse de vivre, qui refuse de n'être qu'homme, c'est une triste noblesse insensée, comme un ange en larmes là où le Diable rit à chaudes larmes.
Un chemin bordé d'arbres comme quotidien, sous des ombres délicieuses s'étire une suave nature, mais même pour ses yeux, peu trébuchent volontairement. Le propre de l'homme n'est-il pas justement de trébucher ?
Une cascade comme un nuage blanc, doux et vrai, pareil à ces corps qui s'émiettent.
Et, innocents, à l'arrêt du bus, tous attendent que les flammes infernales les consument.
Plus de sang sur tes mains, des enfants qui tombent du ciel et s'écrasent sur le sol, en un pathétique rêve chrétien, pour plus de peur dans ton c½ur, et de haine dans tes yeux.
Une femme sans corps, une tête comme posée là, qui tente de parler, mais qui voit ses lettres déformées par le froid.
Et elle veut du feu, de la chaleur, et elle implore, comme une prière lamentable, en attendant la mort.
Une telle terreur humaine au bord du gouffre, qui transporte, comme un astre sacré, un soleil tout recouvert de neige, qui pouvait l'imaginer ?
Et l'éreintée elle aussi le ressent, ce frisson universel, cet horizon doré, cette goutte qui perle et ne gèle pas malgré le froid.
Qu'est-ce qu'elle est mal à l'aise sur la pierre mouillée de l'église !
Et ils rêvent d'évaporer, comme une rencontre improbable entre le lourd et l'inspiration.
Ça fait mal aux yeux d'exister.
C'est comme voir pour de vrai tous ces humains tant rêvés.
On ne peut pas trouver le rêve dans la réalité si on rêve de faux, de fantômes et de cendres.
Dialogue :
Elle lui demande s'il est le Diable.
Je l'étais, répond-il.
Et elle lui demande ce qu'il écrit.
Ce n'est que cendres, répond-il.
Ce n'est qu'ombres, ombres du réel, expliqua-t-il, d'une voix comme caverneuse, avant de perdre un peu de lui.
Et ça l'est un peu plus à chaque vie. Ça frissonne, comme une impression.
Le métal délie les langues des conversations torturées : sur quel bouton doit-on appuyer pour que l'univers se désenfume ?
Il s'étend dans la perfection nuagée, cet assassin de la nuit, qui se glisse toujours au fond des ruelles les plus méprisées tirer la pierre de son sommeil.
Et pendant que l'eau s'embrase ( à qui la faute ? ), les yeux font comme se perdre, se chercher, disparaître, et réapparaître autre part, dans le souffle de la flamme d'Or peut-être ?
Opposition insoutenable. Les terres noires buvant la souffrance de leurs pairs, tandis qu'en ruisseau passif s'écoule l'eau vive.
Il a dit, enfant, qu'il voulait arrêter le piano, parce qu'il ne serait jamais Mozart.
Aujourd'hui, on peut sans honte être un génie à moitié.
Et elle lui demande pourquoi le sapin fleurit, pointant l'hiver du doigt. Il hausse les épaules avec envie, comme toujours.
Effrayant, comme un plafond qui tombe, une colombe dévorant un arbre, insolite comme un oeuf duquel en naîtrait un autre, un refrain quotidien.
Il faut voir ce qui sort des ombres, et qui tombe en poussière. Les innocents d'aujourd'hui, on les plie en quatre et on les cale dans des pilules pour le délire d'un autre.
La vie c'est ça, un enfant cruel et capricieux. Les miracles ne se vendent pas, ils se subissent. Comme tout ce qui est sacré, ils sont pourris par les souhaits de l'homme, qui toujours s'abandonne.
Les jours sont des charbons ardents : ils glissent, noircissent, et s'oublient dans la poussière.
Non, elles ne transparaissent pas, ta joie forcée, ta pensée chevrotante, et tu en oublies tes mots, dans ton acte d'effacement. Tu noies cette innocence dans un bain de foi, et tous, ils croient bien faire en tuant dès le berceau une volonté aux doigts potelés. Quelle laideur que de prêcher l'amour et la tolérance, de dire que ce trop petit être comprend, qu'il accepte de revêtir l'absolu qui désunit les hommes et ferme les esprits. Ce vieillard en est resté au stade du verbe, et il essaye de transmettre ces années qui l'ont blanchi et craquelé à cette beauté nouvelle qui s'ignore. Revêtir le christ, c'est beau, mais ce n'est qu'un mot.
Ça y est, ils l'ont abattue, cette volonté possible, en brandissant leur enveloppe crevée.
Je préfère encore aller retrouver mon froid.
Elle les a vus, jalouse, se couler l'un dans l'autre, comme un métal aérien dans un moule trop étroit.
Il n'y a pas de quoi jouer au jeu aveugle du tort et de la raison : disons que la vérité est entre les deux.
Là où on ne meurt plus parce que l'on ne sait plus y penser, là où l'on ne vole plus les rêves, là encore où l'on étend le doigt vers le lointain extérieur, là, enfin, les morts ne peuvent plus se tuer entre eux.
Et tu marches lentement, seulement pour voir ce que cela fait d'être seul sur ses jambes.
Et tous les jours, le poète sur sa borne rouge et blanche tente de déchiffrer le mystère de ce nombre : cinquante-quatre. C'est un voyant. Mais il n'est pas assez verdoyant, alors il préfère toujours vérifier que les choses vivent, au ralenti, mais battent toujours, en une guerre intestine millénaire.
Il faut pardonner à moitié, car ils savent ce qu'ils font, mais ne savent plus ce qu'ils disent. Ils ont oublié. Oublié de savoir, oublié de se rappeler ; oublié le chien fou qui crache ses dents derrière le grillage ( comme un ½il grillagé, comme un v½u grillagé ) ; oubliée, la vieille du coin qui alors faisait accoucher, et puis, plus rien, elle ne fait que se dégager de sa vieillesse.
Personne ne devrait avoir à en sortir en pleurant. Un ennui sonore et vaporeux comme un rêve ou une présence qui s'appesantit.
Tu me demandes pourquoi ils ne bavent que des meurtres et de la douleur ? La paix et l'amour, ça n'a jamais fait consommer.
Et l'autre, il ne fait que débiter ses insanités, ce n'est que la vérité, je le jure devant qui le veut.
Toujours, ruine l'absolu et encense l'immortel.
TRANSCENDANCE AU PIED DE L'EGLISE
POUR LA PREMIERE FOIS, L'ART APPARAÎT DANS TOUTE SA VERITE ET SA SUPERCHERIE
L'ART DOIT ÊTRE LE REFLET TROMPEUR D'UNE VIE TROMPEUSE
PREMIERES ESQUISSES DE SURREALISME...